L’agression canine en general

Points principaux

  • L’agression n’est pas de la méchanceté :« Le chien, s’il va agir de façon agressive, comme nous on le définit, ce ne sera pas par méchanceté, mais ce sera tout simplement parce qu’il a besoin de répondre à un besoin, de répondre à ce pourquoi il a été sélectionné ou de répondre à une émotion. »
  • Définition de l’agression :« Une agression, c’est un comportement intentionnel, parfois inconscient, de la part d’un individu qui a pour but chez la cible de lui apporter des dommages, que ce soit psychologique ou physique, et chez lui-même, un bien-être, un mieux-être, de la distance ou de la sécurité. »

Analyse des émotions :

  • La Peur :« Le chien est potentiellement hérissé. Un chien qui a peur va commencer à aboyer de façon plutôt grave dès qu’il s’éloigne et que la distance est suffisante, la peur disparaît. Généralement, le chien aura tendance à fixer ce qui lui fait peur. »
  • La Frustration :« On a un chien qui a manqué de contact et qui aboie plutôt aigu. Puis quand la distance s’éloigne avec le déclencheur, il aboie de plus en plus fort. Si le chien rentre en contact avec un chien en liberté, généralement il va jouer ou il va être content. »
  • La Colère :« La colère provient généralement de la frustration. Quand le chien est en colère, c’est généralement un chien qui était frustré auparavant et dont le problème n’a pas été travaillé. S’il est lâché, potentiellement il peut agresser l’autre chien. »
  • L’intention derrière la morsure :« Il sera très important d’analyser comment la morsure a été faite pour savoir quelle était finalement l’intention du chien. Est-ce qu’il cherchait juste à stopper la personne et donc il a boxé la personne, c’est-à-dire qu’en fait il va utiliser sa gueule grande ouverte pour boxer et repousser la personne. »
  • L’influence de la génétique et de la race :« Il est important de comprendre que l’origine des races a une grande importance. La génétique va apparaître entre 6 mois et un an. Si il y a des problèmes qui arrivent à ce moment-là alors qu’il n’y a eu aucune mauvaise expérience, c’est probablement des comportements liés à la génétique. »
  • Protection de ressources :« C’est un chien qui a peur de perdre une ressource qu’il considère sienne (nourriture, eau, jouet, humain, lieu). Il est crucial de déterminer l’origine du besoin. Si vous ne vous sentez pas capable, faites appel à un professionnel. »
  • Peur des manipulations :« Un chien peut développer une peur d’être manipulé. Il est essentiel de donner plus de choix au chien : s’il ne veut pas, on n’insiste pas. Le consentement change radicalement sa perception. Le medical training et les soins collaboratifs sont des approches très efficaces. »
  • Agression redirigée :« L’individu ne peut pas atteindre la source de son énervement et redirige sa colère sur une cible proche (un autre chien, un humain). C’est une agression très dangereuse car le chien n’a pas conscience de sa cible réelle. »
  • Agression du chien de berger :« C’est le comportement d’un chien de berger qui tente de stopper des objets ou personnes en mouvement (vélos, voitures, joggers) par instinct de conduite de troupeau. »

Définitions et causes de l’agression :

  • L’agression est une communication répondant à un besoin, une émotion ou un instinct, et non de la méchanceté.
  • Causes principales : besoins non satisfaits (sécurité, nourriture, etc.), émotions (peur, frustration, colère), génétique (race, lignée parentale) et conditionnements (comportements renforcés).

Identification des émotions motrices :

  • Différenciation entre la peur (aboiements graves, fixation, évitement), la frustration (aboiements aigus qui augmentent avec la distance) et la colère (souvent une frustration non gérée).

Analyse et évaluation des morsures :

  • La gravité d’une morsure dépend de l’intention (pincement vs blessure profonde).
  • Présentation d’une grille d’analyse pour quantifier la dangerosité d’une morsure selon des critères objectifs (rapport de poids, cible, intensité, contexte, etc.).

Stratégies de gestion comportementale :

  • Approches adaptées à chaque émotion : contre-conditionnement et désensibilisation pour la peur ; satisfaction des besoins et apprentissage des autocontrôles pour la frustration et la colère.
  • Utilisation de la loi de Premack (le calme précède la récompense) pour gérer l’excitation.

Types spécifiques d’agression :

  • Agressions liées à la reproduction : Infanticide, agression maternelle (défense des jeunes), agression parentale (éducative).
  • Agressions contextuelles : Protection de ressources, peur des manipulations, agression par irritation, agression redirigée, agression de groupe (mobbing), agression territoriale.
  • Agressions instinctives : Comportement de prédation ou de conduite de troupeau (chien de berger).

Évaluation du Risque de Morsure :

Ce tableau élaboré par Dr Joël Dehasse est assez simple, il permet tout simplement d’additionner des chiffres qui vont vous donner un résultat avec des conclusions. Vous allez avec votre premier chiffre de la case A faire fois 4, puis vous allez additionner tout le reste.

CritèresIndicesValeur
A :
Poids et masse
Poids du chien = …
Poids de la victime = …
Rapport poids chien/victime = …
  …
B :
Catégorie à risque
1 = hommes adultes
2 = femmes adultes, personnes avec un handicap mineur, personne craintive
3 = enfants > 6 ans, personnes âgées, personnes avec un handicap moyen
4 = enfants de 3 à 6 ans, personne avec un handicap substantiel
5 = enfants de moins de 3 ans, personne avec un handicap majeur
C :
Offensif /proactif ou défensif/réactif
1 = L’agression défensive : le chien réagit quand c’est la personne qui va vers lui.
2 = L’agression offensive : le chien va vers la personne pour l’attaquer.
D :
Prévisible ou imprévisible
1 = agression prévisible
2 = agression peu prévisible
3 = agression imprévisible
E :
Contrôle & intensité
1 = Mise en gueule: pas de traces
2 = Pincement: bleu, hématome
3 = Morsure contrôlée: hématome
4 = Morsure contrôlée et tenue: percements de l’épiderme
5 = Morsure forte: percements musculaires
6 = Morsure forte et tenue: lacérations musculaires
7 = Morsure de prédation: arrachements musculaires
F :
Simple ou multiple
1 = Morsure simple
2 = Morsure simple et tenue
3 = Morsures multiples
4 = Morsures multiples et tenues
Formule4A + B + C + D + E + F =

 Dans la formule, tous les critères sont additionnels. Le critère ‘A’ est également pondéré d’un facteur multiplicatif 4.

4 x (masse chien / masse personne) + catégorie à risque + défensif-aversif + prévisible-imprévisible + contrôle-intensité de morsure + morsure simple-multiple.

Exemple:

Un chien de 20 kg pince un homme de 80 kg pour se défendre après avoir manifesté des menaces claires.
Formule: (4×20/80) + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 = 6

Dans les mêmes circonstances, si la victime est un enfant de 4 ans et 20 kg, le pincement causera facilement une pénétration de l’épiderme.
Formule: (4x 20/20) + 4 + 1 + 2 + 4 + 1 = 16

Interprétation des Résultats du Risque :

  • Inférieur à 10: c’est un risque mineur.
  • 14 à 15,5: le risque est considérable.
  • Supérieur à 15,5: le risque est très sérieux, donc il faut séparer le chien de la victime, désarmement (couper les canines) ou euthanasie.

Conseils et bonnes pratiques

  • Changer de perspective : Ne pas juger un chien comme « méchant », mais chercher à comprendre le besoin ou l’émotion derrière son comportement agressif.
  • Observer avant d’interpréter : Apprendre à distinguer les signaux subtils (type d’aboiement, posture) pour identifier l’émotion réelle du chien (peur, frustration, etc.).
  • Analyser objectivement une morsure : Utiliser une grille d’évaluation pour mesurer le danger réel, prendre du recul et mettre en place des mesures de gestion responsables, surtout en présence d’enfants.
  • Connaître la race et les parents : Se renseigner sur l’utilité originelle de la race pour comprendre ses instincts et toujours rencontrer les parents d’un chiot pour évaluer leur tempérament.
  • La prévention par la satisfaction des besoins : S’assurer que les besoins fondamentaux du chien (physiques, mentaux, sociaux) sont comblés pour prévenir de nombreux problèmes de réactivité.
  • Gestion de l’environnement : La solution la plus simple et immédiate pour éviter un accident est souvent d’adapter l’environnement (ex: séparer les chiens pendant les repas, utiliser des barrières).
  • Le consentement est la clé : Pour les manipulations et les soins, donner le choix au chien via des techniques comme les soins collaboratifs (Bucket Game) transforme une contrainte en coopération.
  • Éviter le renforcement involontaire : Ne pas céder à un comportement indésirable (ex: reculer si le chien grogne pour obtenir de la distance, donner accès à la promenade si le chien est surexcité). Attendre un comportement calme avant de récompenser.
  • Rediriger les instincts : Canaliser les instincts de prédation ou de conduite de troupeau sur des activités appropriées (jeux de flairage, leurres) pour éviter qu’ils ne s’expriment sur des cibles dangereuses (joggers, vélos).
  • La santé d’abord : Toujours envisager une cause médicale (douleur, trouble neurologique) en cas d’agression soudaine ou de changement de comportement. Un bilan vétérinaire est indispensable.

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